Qui m’a chouravé ma jeunesse ?
Saute d’humeur et coup de gueule sont à venir. Passez votre chemin si vous êtes une âme sensible. Et si vous vous décidez quand même à entrer, prévoyez les tampons auriculaires, ça va hurler !
Et je ne ferais pas comme certains vieux croulants, qui se répandent lamentablement dans les colonnes du Monde, qu’à la fin il faut une éponge pour les ramasser, et une piqure d’adrénaline pour réveiller le lecteur, je vais vous le dire tout de suite, pourquoi je suis furax [mais qui se souvient de Furax, hein ? Qui se souvient avoir écouté Furax sur 78 tours, pfff], ou, comme le dirait les jeunes d’aujourd’hui, pourquoi je suis véner :
On m’a volé ma jeunesse
Si si, c’est pas des craques. Ecoutez, c’est bien simple, hier encore, je suis persuadé qu’elle était là, ma jeunesse. Et je ne suis pas du genre à l’avoir laissé filé comme ça, sans rien dire… Et ce matin, je me lève, et qu’est-ce que je vois dans le mirroir ? On m’a chanstiqué ma frime de jeune premier pour une tronche de demi-sel déplumé.
Là, je dis non. C’est pas du boulot, ça… Et puis d’abord, que m’a-t-il pris d’ouvrir ce tiroir où sont rangés tant de vieil choses d’une autre époque ? Qu’avais-je besoin de mettre des paluches dans ce fatras de papelards, je vous le demande ? Carte d’étudiant, diant-diant, qu’est-ce que c’est que ce truc… Université Paris VII Jussieu [tiens, j’croyais qu’il avait redaubée Denis Diderot, moi], année 198…? Comment ? D’où qu’y sort un truc pareil ? Fais-voir la photo…
Et alors là, je dis, y’a faute grave. Limite crime. Le beau jeune homme qui me regarde avec son sourire pincé Je hais les photos, magne-toi Photomaton d’mes deux, cette frime de jeune premier, hmmm, comparaison faite avec le mirroir, erreur fatale.
Qui m’a chouravé ma jeunesse ?
Ceci n’est pas une pipe, mais une entrée au Sablier du mercredi
